L’élision

Vous avez déjà remarqué en lisant, ou plus encore, en écoutant des francophones parler en français et même parfois dans une autre langue étrangère (le fameux accent français !) que certains « e » du phonème [ǝ] disparaissent. Ce phénomène linguistique s’appelle l’élision.

On distingue deux types d’élision : les élisions lexicalisées et les élisions populaires strictement orales. Voici quelques règles pour bien les utiliser.

Les élisions lexicalisées (obligatoires)

En français, l’élision écrite du phonème [ǝ] (appelé « e caduc » ou « e muet ») est obligatoire lorsque le mot suivant commence par une voyelle (a, e, i, o, u) ou un « h » (voir exceptions). L’élision s’applique donc :

  • aux pronoms personnels : je (=> j’), me (=> m’), te (=> t’), le et la (=> l’), se (=> s’)

ex :             J’habite.

Je m’en vais.

Je t’ai expliqué.

Je l’ai commandé.

Le produit s’est bien vendu.

  • au pronom démonstratif  ce (=> c’)

ex :             C’est bien.

Attention : ça ne s’élide pas, ça arrive. 

  • aux articles définis le et la (=> l’)

ex :             L’entreprise (f.)

L’entrepreneur (m.)

mais attention pas d’élision devant « onzième » : le onzième mois consécutif

  • à la préposition ou article indéfini de (=> d’)

ex :             Nous avons besoin d’investir.

Dans cette entreprise, nous gagnons beaucoup d’argent.

  • à ladverbe négatif  ne (=> n’)

ex :            Elle n’achètera pas à ce prix.

  • au mot que (=> qu’)

ex :             Qu’est-ce que c’est ?

Je suis sûr qu’ils accepteront notre offre.

  • à l’adverbe si seulement devant « il(s) » (=> s’) :

ex :            S’il vous plaît.

S’ils sont d’accord.

                mais            Si elles sont d’accord.

Cas particuliers :

Il n’y a aucune élision avec contreentre et presque (sauf dans presqu’île)

Certains mots s’élident seulement dans certains cas comme :

  • lorsque et puisque seulement devant il(s), elle(s), on, en, un(e)

ex :         Lorsqu’il fait beau, les glaces se vendent très bien.

mais    Lorsque arrivent les beaux jours, les glaces se vendent très bien.

  • parce que seulement devant à, il(s), elle(s), on, un(e)

ex :         Nous avons relocalisé la production parce qu’il y avait des problèmes de qualité.

mais      Nous attendons pour lancer notre produit parce que en été la demande est moins forte.

Exceptions et disjonctions

Pour des raisons de sens, les élisions sont interdites avec certains termes. Il y a ainsi une disjonction expressive avec :

  • un lorsqu’il s’agit d’un cardinal non suivi d’un autre nombre

ex :            une longueur de un mètre. (pas d’élision)

une longueur d’un mètre cinquante. (élision)

  • une pour la première page d’un journal ou pour la première chaîne télé

ex :             Notre entreprise est à la une du journal (= la première page du journal)

Je préfère regarder le journal de la une (= la première chaîne télévisée)

  • onze et onzième, et énième (en allemand : x-te)

ex :             Nous sponsorisons le onze de Lucerne (l’équipe de football de Lucerne).

C’est le onzième jour d’absence de mon collègue.

C’est la énième fois que je t’explique comment faire.

  • « h aspiré » :

ex :             le haricot

le huitième jour

Les élisions populaires orales

Ces élisions sont très fréquentes à l’oral.

Ecoutez un Parisien parler ! La première fois, vous aurez l’impression qu’il oublie des mots en parlant vite. Pourtant il fait simplement des élisions tolérées à l’oral, très rarement écrites (seulement dans des courriels ou SMS à des amis très proches).

Ces élisions populaires orales peuvent apparaître devant une consonne. Une voyelle sur deux disparaît alors :

ex :            J’me l’demande.

Je m’le d’mande.

Ces deux phrases signifiant « je me le demande », où tous les « e » sont rarement prononcés sauf à Marseille…

Parfois certains phonèmes sont contractés et changent le son initial.

ex :             Je sais => chais

Je ne tiens pas => ch’tiens pas

Je peux => ch’peux

Je ne crois pas => ch’crois pas

Le son ne change pas devant une consonne sonore comme « v » ou « d ».

ex :             Je veux => j’veux

Je dois => j’dois

Maintenant vous pourrez comprendre un Parisien qui parle vite puisque vous saurez identifier les mots qu’ils élident.

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